Tortues à l’infini John Green


2017 / 352 pages / 21€ (grand format)


« Le problème avec une spirale, c'est que si on se laisse prendre à l'intérieur, ça ne s'arrête jamais. Elle continue de se resserrer à l'infini. »


Je n’ai pas acheté le nouveau roman de John Green à sa sortie initiale. Le résumé ne m’avait pas du tout convaincu et je l’ai donc délaissé très rapidement. Mais je l’ai trouvé à la bibliothèque de ma ville et je me suis dit qu’il serait peut-être temps que je le lise (et surtout, je me suis dit que c’était un miracle que ma bibliothèque ait un nouveau livre si rapidement). Finalement, je ne suis pas déçue de ma lecture, mais j'ai eu un avis mitigé

- Résumé -



Aza est une jeune fille de 16 ans qui vit dans une petite ville tranquille avec sa mère. Mais un jour, Daisy, sa meilleure amie, vient lui annoncer que le père de Davis, un jeune garçon, très riche, qu’elle avait rencontrée en colonie de vacances, est porté disparu. Pour toute information, la police est prête à donner 100 000 dollars. Alors Daisy et Aza se rendent chez Davis dans le but d’enquêter. Aza va vite se rapprocher de son ami d’enfance. Mais la jeune adolescente est malade, elle ne peut s’empêcher de penser aux maladies, aux bactéries parcourant son corps en permanence. Perdue dans ses pensées et se retrouvant sans cesse dans une spirale infernale, Aza va être confrontée à de nombreux problèmes …





- Mon avis - 


Si je ne tenais compte que de mon ressenti final, je dirais que j’ai adoré ce roman. Mais je ne serais pas très objective. 


En premier, mes avis ULTRA POSITIFS sur le roman
J’ai vraiment aimé retrouver la plume de John Green que j’aime très très fortement. Il faut savoir que j'ai découvert cet auteur très jeune, avec Nos étoiles contraires, bien avant que le roman ne devienne un succès mondial grâce au film. Le style inédit, personnel et assez décalé que j’ai ressenti dans cette première lecture me donne toujours envie de me plonger dans ses histoire. Et ce qui est bien, c’est qu’on retrouve de nouveau cette plume à chacun de ses nouveaux romans. Je ne suis jamais dépaysée avec son écriture, mais ce n’est absolument pas un problème.

Comme d’habitude, on retrouve une histoire assez romantisée, qui peut sembler irréaliste avec des faits jouant surtout sur le hasard. Mais, comme d’habitude, John Green ne s’arrête pas là. Il mêle le hasard amenant à divers situations à la réalité qui n’est pas toujours rose. Dans Tortues à l’infini, Aza connaît, comme par hasard, le fils du célèbre milliardaire qui a soudainement disparu. Le fils, Davis, la reconnaît très facilement et ne peut plus se passer d’elle. Mais à cela John Green nous dévoile les craintes d’Aza, sa solitude infinie depuis la mort de son père, son introspection continue sur elle-même et sur son corps, son problème avec les maladies et les bactéries… 
Comment nouer des relations lorsque l'on se sent si différente des autres ? Comment passer outre une maladie qui nous ronge sans cesse ? Voici ce que se demande Aza tout au long du roman. John Green décrit à la perfection les états d’esprits hasardeux de notre héroïne et de son problème à se confronter à la vie réelle. Il évoque souvent ses introspections et ses problèmes de dépersonnalisations. A travers un discours à l’indirect libre, John Green confronte parfois Aza à son « monstre » intérieur, celui qui lui dicte ce qu’elle doit faire, ce qu’elle doit penser, celui qui la fait sentir répugnante. Ces moments m’ont rendus presque nauséeuse tellement le malaise intérieur d’Aza est prenant et réaliste. On ressent réellement ses émotions et on se dit que cette maladie doit être horrible à vivre. Voilà ce que réussit John Green : nous faire comprendre en profondeur les problèmes psychiatriques.

De plus, il confronte la maladie au monde extérieur. La mère d’Aza lui demande sans cesse si elle va mieux, Daisy en veut à sa meilleure amie d’être « bizarre », tandis que Davis tente de comprendre tant bien que mal ce qu’il se passe pour qu’elle se sente comme ça. John Green dévoile avec perfection l’incompréhension de l’entourage face à une maladie psychiatrique. Mais pourtant, il ne forme pas un discours haineux autour des autres personnages, de ceux qui ne comprennent pas Aza. Il montre que, d’un regard extérieur, tout cela peut sembler très étrange. Même Aza le remarque et n’en veut pas à son entourage. Et puis, tous les personnages continuent de la soutenir patiemment, généralement. 
Du coup, on a une véritable explication sur les maladies psychiatriques. Et je trouve ça super important d’en parler, alors je ne peux qu’applaudir John Green de s’y intéresser.

J’ai aussi vraiment aimé la relation entre Aza et Davis. On voit deux personnages détruits par différents problèmes, et tous les deux orphelins d’un père. Ils sont meurtris, mais ils arrivent à développer des sentiments l’un pour l’autre de manière progressive. Derrière cette romance, le personnage de Daisy, la meilleure amie d’Aza, est aussi attachant. Elle n’arrête pas de parler et est très spéciale, et c’est ce qu’on aime chez John Green : des personnages un peu fous, toujours avec des nouvelles idées en tête, à imaginer par exemple une histoire d’amour entre Rey et Chewbacca dans une fanfiction Star Wars (d’ailleurs, je suis du côté de ceux qui pensent qu’il s’agit de zoophilie, mais chut).


Mais cette lecture a tout de même été problématique
Mais alors, où est le problème de ce livre d’après moi ? Eh bien, ça ne tient que d’une chose : l’histoire principale, le pilier. Oui, le roman m’a touché, les personnages étaient attachants, la plume est magnifique. Mais je n’ai pas apprécié l’histoire. On ne sait pas trop où John Green veut en venir avec ce père milliardaire disparu. Il ne s’agit que d’un prétexte pour montrer l’évolution d’Aza et de Davis, et je trouve ça bien dommage. J’aurais presque préféré qu’il n’y ait pas cette sorte d’enquête sur la disparition, qui n’a finalement lieu qu’au début et à la fin du roman… C’est pourquoi le début du livre m’a profondément déçu. Je n’étais pas du tout emballé car les personnages ne faisaient que mener cette enquête qui n’avait, à mes yeux, ni queue ni tête.

Comme à son habitude, John Green arrive parfaitement à retranscrire les préoccupations et problèmes majeurs des adolescents. Dans Tortues à l’infini, il réussit à décrire, de plus, les méandres des maladies psychiatriques. Toutefois, j’ai trouvé l’intrigue principal mal menée et décousue.

- Ma note -


13/20


★★★☆